« Plus d’hommes se sont noyés dans l’alcool que dans la mer »
Alphonse Allais (1854–1905) ou W.C. Fields (1880–1946)
Le droit de ne pas boire
Dans notre Société, l’alcool occupe une place centrale dans les interactions sociales. Il est associé aux célébrations, aux moments de détente, aux retrouvailles entre amis. Pourtant, derrière cette omniprésence se cache une forme de pression implicite, parfois insistante, à consommer.
Refuser un verre suscite souvent des réactions allant de la surprise à l’incompréhension. Tu es malade ? Tu es enceinte ? Allez, juste un verre ! Ces remarques traduisent une norme sociale bien ancrée : boire est vu comme la règle, et s’abstenir comme une exception qui nécessite une justification. Il fut un temps où il n’était pas rare du tout d’entendre un petit verre pour la route. Ce qui ne passerait plus du tout aujourd’hui dans des publications…
Il existe de multiples raisons de ne pas boire. Certaines sont temporaires : un traitement médical, une grossesse, un engagement sportif. D’autres sont plus profondes : une conviction religieuse, une histoire personnelle marquée par l’alcoolisme d’un proche, un accident causé par un conducteur ivre, ou tout simplement l’absence d’envie.
Mais cette pression ne vient pas seulement des proches. Elle est aussi le fruit d’une influence culturelle et commerciale bien rodée. En plus de publicités plus ou moins devenues cultes, les vendeurs de champagne, par exemple, ont réussi à associer leur boisson à toutes les grandes célébrations : un podium de Formule 1 se conclut par une douche de champagne, un navire est baptisé par une bouteille brisée sur sa coque, et chaque réveillon semble incomplet sans une coupe pétillante. Le cinéma a aussi contribué à façonner cette image : James Bond et son Martini, les westerns et leurs shots de whisky, les comédies où l’ivresse est source de rires… L’alcool est mis en scène comme un symbole de puissance, d’élégance ou de fête, renforçant l’idée qu’il est indissociable de certains moments de vie.
Fin des années 70, dans de nombreuses écoles primaires de Belgique, le repas de midi était encore accompagné d’une bière de table de la marque Piedbœuf (1,1% d’alcool). Dès l’enfance, l’image et dans cas-là, l’alcool faisait partie du quotidien. Aujourd’hui, Champomy en France et Kiddybul en Belgique préparent involontairement (ne vendant pas de produits alcoolisés) le lien entre Champagne et fêtes mais aussi selon l’axe de vue, à fêter sans alcool. Ne jugeons donc pas trop rapidement…
Pourquoi ?
Mais pourquoi ressent-on le besoin de demander à quelqu’un pourquoi il ne boit pas ? Derrière cette interrogation, il y a parfois une gêne inconsciente, une volonté de normaliser sa propre consommation. Celui qui insiste pour que l’autre boive cherche-t-il à partager un moment convivial ou à se rassurer sur sa propre relation à l’alcool ?
Ne pas boire d’alcool ne devrait pas être un acte qui appelle justification. Comme il est normal de boire, il devrait être tout aussi normal de s’en passer. Chacun devrait pouvoir faire ce choix sans avoir à se justifier, sans être jugé, et surtout sans subir de pression. L’excès nuit en tout et l’alcool ne déroge certainement pas à la règle mais tout comme l’inverse devrait rester vrai tout de même si la consommation reste raisonnable. Ni une religion faisant évoluer ses écrits en 5 à 10 ans passant de sagesse tolérante à intolérance, ni une moralité étouffante oubliant que l’une des personnes connues la plus âgée, la Reine d’Angleterre, appréciait son apéritif composé de 2/3 de Dubonnet rouge (un apéritif français à base de vin) et de 1/3 de gin tout comme l’une des dernières aïeules belges consommait un petit porto quotidien ou, comme de nombreux patients, ayant déjà largement dépassé l’âge de leurs parents en étant encore en bonne santé, apprécient un petit verre de vin rouge durant leur repas (…) Beaucoup consomment également suffisamment d’eau. La consommation de boissons sucrées et leur(s) effet(s) addictifs bien que agissant différemment ne sont-ils pas plus dangereux encore ?
« Ô vous qui avez cru ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres, jusqu’à ce que vous compreniez ce que vous dites (…) » (Coran 4:43)
Respecter le droit de ne pas boire, c’est reconnaître que chacun est libre de son corps et de ses choix. Et si, plutôt que d’interroger celui qui refuse un verre, on interrogeait plutôt cette habitude collective qui pousse à insister ?
Celui qui pousse quand il n’est pas stupide ne cherche-t-il pas à chercher à justifier ses propres besoins :